« Le solfège est un frein à la créativité. » Cette phrase extraite d’un courrier récemment reçu mérite je m’y attarde quelque peu. Je respecte les dires de mon interlocutrice. Mais il s’agit là d’une opinion, en aucun cas, d’un fait musicologique — entendre par là, provenant d’une étude historique, théorique et esthétique de la musique. Alors, pourquoi le solfège n’est pas un frein à la créativité ? Voici la réponse à cette douloureuse question.
- Tout d’abord, le mot « solfège » n’est pas le bon. Je m’en expliquerai plus bas. On parle de langage musical, ou langage tonal (lorsque l’on désigne une époque particulière de la musique occidentale). Ce langage est organisé — on peut parler à bon droit de « grammaire ». Et comme tout langage, il évolue.
- Ensuite, les règles de ce langage ont toujours suivi l’expérience. Il n’a jamais été par conséquent gravé dans le marbre. Ce n’est pas un dogme que l’on suit aveuglément.
- La créativité musicale s’exerce non seulement sur la forme, l’orchestration, les techniques acoustiques ou électro-acoustiques, mais aussi sur le langage lui-même. Je rappelle à cette occasion que Bach pratique un langage différent de celui de Mozart ou de Haydn; eux-mêmes utilisant une grammaire éloignée de celle de Berlioz, Wagner, Scriabine, Satie, Debussy; eux-mêmes totalement distanciés de Schoenberg, Berg, Webern, Goreki, Xenakis, Nono, Malec, Stockhausen, Boulez, Arvo Part, John Cage, Morton Feldman, Steve Reich ou Pierre Henry.
- Chacun de ces compositeurs a contribué à l’évolution du langage musical. Ce qui implique donc que l’érudition en la matière n’est pas un frein à la créativité. C’est au contraire le moteur même de l’évolution dans la musique occidentale.
